(Fish story, Wang Xueping)

Les idées moites - l'abri des regards indiscrets.

7,9 x 7,9

Être ce petit carré de ciel

Blanc contre lequel frottent

Ces feuilles


Dessous rien ne bouge comme si

Personne

D'autre

Ne voyait

Ces amants

Là.


Ensuite il a plu.

à la terre je suis attachée

Slices

Je découpe

mon cul

en tranches

fines

(slices)

et les dépose

sur

tes yeux.


Ton pantalon soupire.

Vierge à l'enfant

La lune t'auréole, et la nuit

enduit d'un bleu sombre

tes épaules, nues, et ma bouche

suce ton sein, et tes bras

qui m'entourent me soutiennent

fermement.


Amantes,

nous traverserons les siècles des siècles.


Amarrées

Épanouies

Et confiantes

inspirant bien

quelques idées

de révolution

ici ou

.

image

Two woman embracing - Egon Schiele, 1913

lesideesmoites:

L'embrume

Nue dans le soleil je n'arrive pas à m'éveiller

Tout est un rêve et tout est vrai - c'est moi

Qui suis la frontière

Moi qui suis la réalité :

perdue.

comme un trou dans lequel je tombe encore

j'écris

des mots

qui sont mes lèvres suçant ton sein.

My girlfriend is a poem


Within, she waves.


Her warm

body slides

around my hand, and I

make her sing


and her song

sounds deep,

and glow.


image

Madeleine

Quel est ce goût

de la vie

que j'ai au fond de la gorge


de l'arrière de ma langue jusqu'entre mes cuisses

qui me remplit et qui m'étoffe

quel est ce goût


épais

onctueux

et grave


et chaud

– je lècherai

encore


tes mains

ce soir

tes fesses, ton dos


cette nuit

quel est ce goût

que je bois de ta bouche


quel est ce goût

de la vie

retrouvé ?

(Une petite chose)

Une petite chose

dont je voudrais parler,

c'est celle qu'est la distance

entre le corps

de deux amant.es

au lendemain de la nuit chaude

– toute petite chose

nue.

Rester là, pierre.

À l'ombre de ton corps

longtemps

je veux rester là, pierre,

à me laisser étreindre

sans bouger par le voile

qu'est ta peau sur le jour.

Sous moi la terre

se creuse et accueille

mon poids, la mousse

épaissit

le silence, et m'apaise.

Le frisson

dense

de la vie

sourd.

Un éclat de lumière

sur ma peau :

c'est ta bouche, la rosée.

Roche embaumée

de musc, je m'endors

– là.

Haïcul

Oscillant autour

d'un cri humide, mes doigts,

enfin s'y enfoncent.

Je m'enfouis dans ton cou

à défaut de m'enfuir

dans ton corps

– je veux courir à perdre haleine

et déchirant tous mes vêtements

franchir les branches de tes poumons

prendre appuis sur tes os

de la plante de mes pieds nus

pour plonger dans tes muscles

et battre (cadence folle – dents bras mains cuisses)

battre dans ton sang.

Mer d'août

Marcher nue dans l'eau

l'été

la nuit ma peau la douce

brise et le silence

autour.


L'une ou l'autre épaule

se dépose en épice

sur la mienne

salée

et la lune de lait


nappe et enduit

d'indigo les ondes

qui s'enfuient

de nos corps

vers la rive


– nos soupirs.

Nouveau jour.

Accroupi au sol et suspendu, son souffle,

un corps vacille à peine, sorte de caresse

métronomique et inspirante.


Je suis la peau de quelle ombre ?

Sa question vibre au long des herbes moites

de rosée et des racines.


Autour de lui les pins trempent dans le ciel

statiques ainsi qu'en l'océan

peuvent l'être les algues,

pinceaux piqués d'aurore :


Le jour se lève, femme paisible

qui a acquit la grâce des âges et sait

qu'elle a le temps de le faire.


Immergés, ondulent sous les courants

d'air – chauds, froids, chauds, froids –

et ce corps, et ces arbres, et leurs ombres – bleues.


Noués au sol, à l'horizon rivés,

ils tiennent le monde assemblé

et appellent, imperceptibles,

d'une danse un nouveau jour.

Borde / chute .

lesideesmoites:

Une main sur la berge, et la gauche inondée,

Je ne sais plus si l'une de l'autre est le reflet.

L'autre qui plonge effleure de sous la ligne d'eau

La côte,

Et l'herbe complice colle, plus moite à mon poignet  - que j'ai jusqu'aux pieds nu.

Appuyée au rivage, où gémit les abysses,

L'onde avale ma paume et la lèche plus vite - quand moi aussi alors, plus vite je l'agite.

Entre mes seins et l'eau, l'espace et sa fraîcheur

Me happent - m'intiment de plonger.

Les doigts crispés au bord, et tout le corps tendu,

Je frôle encore la rive

      - à la recherche

      de l'équilibre

      vers la chute.

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